Sortie laborieuse aux Cavottes

Date
24 juillet 2021

Durée
14h

Type de sortie
Classique
Département
Doubs (25)

Massif
Jura

Commune
Montrond-le-Château

Photos







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Descriptif / Compte-rendu
L’objectif de la sortie est de rééquiper la vire et le puits d’accès au lac terminal des Cavottes en ajoutant des points, des plaquettes inox et maillons rapides et une corde de plus gros diamètre que celle en place (8mm) depuis la plongée de 2007.
Axel travaillant de nuit du vendredi au samedi, nous partons samedi 24 au matin (vers 8h-9h) de Vanves où il est passé chercher Arthur et Kévin. Le matériel avait été préparé la veille par Arthur et rapatrié chez lui à vélo. Kévin et Arthur se relaieront pour conduire tandis qu’Axel se reposera un peu en vue de la sortie qui vient. Car oui, l’idée est d’enchaîner la sortie juste après avoir fait la route, c’est juste une histoire de 5-6h max selon Arthur.
Arrivés au gîte, on sort toutes les affaires, on met la table à l’avance, l’eau dans la casserole pour les pâtes, les duvets sur le lit et on part en direction de la grotte des Cavottes. Descente sous terre aux alentours de 18h après avoir mangé un casse-croûte conséquent, on part avec le matériel, de l’eau et quelques barres céréales et pom’potes.
Axel qui sort d’un stage « équipier club » dans le Lot se charge de l’équipement jusqu’en bas des deux P20 qui permettent l’accès au réseau inférieur. On prend notre temps, l’équipement est nickel, on arrive au niveau inférieur aux alentours de 20h. C’était l’estimation haute, mais on est dans les temps, tout va bien.
Après s’être engagés dans la galerie menant au carrefour, on arrive assez vite à la salle marquant le début du long méandre qui débouche sur le lac terminal. A partir d’ici Arthur rappelle que lors du bivouac – couvre-feu de février 2021, ils avaient mis 1h pour arriver au lac avec Elise et 45min pour en revenir. Si on estime un peu à la hausse avec la fatigue de la route et en ajoutant le temps d’équiper la vire (1h estimée) on devrait revenir au même point vers les alentours de 23h maximum. Un conseil, surtout ne vous longez pas à la corde en place dans le méandre, elle ne sert à rien pour la progression mais s’avère très utile pour pousser un kit devant soi.
L’équipe s’engage dans le méandre qui commence par un cheminement dans une sorte de laminoir en partie haute et la progression est, comment dire, …, assez hétérogène.
Au bout de 5min, Arthur s’inquiète de ne plus entendre ses camarades et s’arrête pour leurs demander « les gars ça va ? », la réponse ne se fait pas attendre « ouais, ouais t’inquiète on arrive » l’attente pour que l’équipe se réunisse de nouveau dure environ 10-15 min. Arthur propose qu’ils suivent ses pas et fassent exactement la même chose que lui vus les gabarits similaires, mais la situation se répète encore 2-3 fois avec environ les mêmes durées d’attente. La fatigue et l’appréhension de la progression en méandre font que les 2 trainards se sont longés et ont des difficultés à trouver de bonnes prises. S’ajoute à ça le franchissement d’une étroiture difficile à négocier pour eux et le temps commence à être long pour Arthur. Surtout que celui-ci s’est habillé d’une sous-combi légère pour ne pas trop transpirer. Résultat, à force d’attente il est couvert d’une couche de boue liquide et commence à être transi.

[Arthur]
A la 4ème fois que l’écart se creuse, je demande si je peux attendre les autres au lac et commencer à équiper la vire pour me réchauffer, tout le monde accepte et je pars donc devant. Les 20-25 min nécessaires pour atteindre le lac montrent que la séparation du groupe ne s’est faite qu’environ au tiers de la longueur du méandre, l’attente au lac risque de durer un peu…
Arrivé au lac, je tremble de froid. Je regarde l’heure sur mon téléphone, il est minuit. Je sors la trousse à spits du kit que je portais et commence à m’activer pour tenter de me réchauffer. Le début de vire a enfin des amarrages doublés, mais j'ai toujours très froid, je décide donc de faire un point chaud avec mon poncho. Le lieu n’est pas très pratique, mais une position est tout de même trouvée et là malheur, le briquet ne s’allume pas… Pourtant il n’est ni vide, ni mouillé, peut-être un problème d’humidité ambiante, peut-être du gaz mais cela semble assez peu probable. Après une pause d’environ 30min dans mon poncho, toujours pas de signes du reste de l’équipe, malgré de faux espoirs générés par des illusions auditives qui font tantôt penser à des voix, tantôt à des bruits de plomberie. Je me demande si je vais continuer l’équipement, mais hors du poncho le froid se fait de nouveau sentir. Je love la corde, la laisse en place et repars en direction de mes 2 compères, tant pis ils ne verront pas le lac.
5min après avoir rebroussé chemin et avoir commencé à me réchauffer, Axel déboule au milieu de la galerie « C’est par là le lac ? J’aimerai bien le voir et ne pas avoir fait tout le méandre pour rien, tu m’attends ? » Apparemment Kévin était fatigué et s’est arrêté avec sa couverture de survie dans un coin confortable (je me demande où il l’a trouvé). Axel part donc admirer la beauté cachée de ce lac terminal tandis que j’attends dans un recoin un peu plus loin où je peux m’assoir et m’emmitoufler de nouveau dans mon poncho. L’attente dure à nouveau 30min avant qu’Axel ne revienne quand je commençais à me dire que j'allai faire demi-tour voir ce qui se tramait « C’est ÇA ton lac ? Mais c’est de la merde ! Je suis même allé faire de l’oppo pour voir la tête de puits qui est bien en monopoint, on ne peut même pas descendre ! ». Effectivement la beauté de ce lac est bien cachée…
[/Arthur]

[Axel]
Je parcours les quelques mètres (dizaines de mètres ?) qui me séparent du "lac". Après un angle à 90° sur la gauche, le méandre s'élargit un petit peu et laisse apparaître un vide sous mes pieds, sur toute sa longueur. Les parois deviennent lisses mais très boueuses et donc glissantes... Celle de droite est quasi verticale tandis que celle de gauche offre une petite pente plutôt appréciée pour évoluer en opposition. Une corde est en place pour se longer. Comme prudence est mère de sûreté, j'ai utilisé mon bloqueur de poing en mode poignée-longée. Grand bien m'en fasse, vous comprendrez pourquoi.
Exténué et à bout de force, mais impatient de ne pas être venu pour rien, j'entreprends donc la traversée des derniers mètres, au-dessus du vide, qui me reste pour enfin admirer le lac. Après quelques minutes de progression, je regarde le vide sous mes pieds et m'aperçois que le lac est en-dessous de moi, en contrebas, dans l'obscurité mais pas dans le silence. Le bruit de l'eau étant encore plus fort à cet endroit que dans le méandre. Plutôt confiant dans la corde en place, j'arrive enfin au bout du bout. Un petit décroché sur la droite laisse entrevoir la tête de puits qui permet d'atteindre le niveau du lac.
Là, j'observe avec circonspection l'équipement de la corde qui avait la lourde tâche de me rattraper en cas de glissade : un formidable mono-point, tout rouillé ! Impossible donc de descendre voir le lac sans prendre des risques inconsidérés.
Je me console en me disant que de toute façon mon niveau d'énergie était proche de zéro : la remonté aurait fini de m'achever.
Déçu et énervé, je ferai demi-tour sans avoir pu admirer la beauté cachée de ce lac mystérieux, pourtant si proche.
Ma confiance dans la corde en place étant quelque peu affectée, le retour au-dessus du vide aura une toute autre dimension. C'est à ce moment-là qu'on se dit qu'il ne faut vraiment pas glisser... On imagine mal un secours spéléo à cet endroit précis, à ce moment précis. Malgré tout, le retour se fit sans encombre et je fus soulagé de retrouver Arthur qui m'attendait un peu plus loin.

[/Axel]

On range son poncho et on se remet en route pour rejoindre Kévin, on passe le petit passage qui enchaine désescalade/escalade puis on s’active un peu. Arthur distance de nouveau Axel, mais plutôt que de l’attendre il lui dit qu’il va voir si Kévin est OK et qu’ils se rejoignent là-bas, de toute manière peu de chance de s’égarer. Kévin est effectivement confortablement installé, un peu assoupi quand il est rejoint d’abord par Arthur puis 10min après par Axel.

[Kévin]
Ce méandre... quel enfer ! Le début commence pourtant bien sur la partie laminoir, on roule ou on se glisse relativement facilement jusqu'au moment où l'on doit descendre entre les 2 parois du méandre.
De manière générale, on est sur du 1.5 largeur d'épaule à hauteur de bras, et une pointure de 40 à 48 à vue de nez au niveau des pieds et cela descend encore en dessous sur 1.5m - 2m globalement.
On se glisse donc entre les 2 parois et on progresse tantôt en opposition tel une étoile de mer, tantôt plus à l'égyptienne, essayant de faire coïncider notre pointure avec les rebords qui dépassent de chaque côté quand c'est possible (je soupçonne un certain avantage pour certains à ce niveau), ou en verrouillant pieds et genoux. Ce n'est clairement pas la progression la plus aisée de la grotte mais ça se fait, par contre, n'étant pas habitué à ces parois relativement très lisse verticalement parlant et devant parfois chercher une margelle qui dépasse guère le centimètre, pas forcément horizontale et couverte de boue, le stress a pris sa place. J'ai l'habitude de stresser quand je ne suis pas à l'aise, ça ne me dérange pas plus que cela, je prends juste plus de temps à chercher mes prises, je force surement plus sur mes appuis pour me sécuriser et forcément j'avance moins vite.
L'expérience, ou le talent, sûrement les 2 font que l'on avance à des rythmes différents mais on s'y retrouve globalement.
Arrivé à la corde, c'est un soulagement, je me longe dessus et je me déleste de mon mini-kit relativement gênant par moment. Je ne saurais dire si on pouvait encore appeler cela une corde, mais bon, c'est toujours ça de pris. Au final, je me sens plus en sécurité, moins d'appréhension, je progresse plus facilement et plus vite, toujours précédé d'Axel. L'étroiture nous obligera à nous délonger pour la passer par en dessous, mais cela se passe sans difficulté.

Le problème c'est que cette main courante ne va pas jusqu'au bout, loin de là même, et ce n'est d'ailleurs plus qu'un tas de brins effilochés dont on se demande lequel tiens encore... A ce niveau, cela fait bien longtemps que l'on ne sait plus où l'on en est dans le méandre vis à vis de la topo, avec tout ce que l'on a fait, on ne doit pas être si loin du bout. On continue donc, avec le retour de l'appréhension et de ce qui en découle. On laisse partir Arthur devant et on continue à notre rythme. Plus on avance, plus je commence à avoir du mal à reprendre mon souffle, et de fait, à fatiguer. Arriver à une épingle où il y a moyen de se caler comme on peut, j'hésite un moment, puis par sécurité, je préfère en rester là et me reposer, tant pis pour le lac, ça aurait été génial de le voir mais ça sera pour une prochaine fois. Je laisse donc Axel rejoindre Arthur et je me roule comme je peux dans ma couverture de survie entre 2 cailloux, je coupe la lumière et attends. Une goutte tombe régulièrement sur la couverture au niveau de ma tête, je commence à compter, c'est régulier, autour de de 90s entre chaque goutte, je compte alors les gouttes. Le clapotis de l'eau autour est agréable, mais source d'illusion auditive, régulièrement, j'ai l'impression d'entendre des voix dans le lointain sans comprendre ce qui se dit, j'ai l'impression que c'est Arthur et Axel qui reviennent en discutant, mais le timbre semble plutôt féminin... Vlà qu'il y a des sirènes dans la grotte maintenant... Mais ça va, j'ai toute ma tête, je ne vais pas leur courir après.
A un peu plus d'une centaine de gouttes, un peu moins de 2h a priori, ce n'est plus des voix que j'entends mais plus des raclements de combinaison ou de kit. Très rapidement, Arthur apparait enfin. Suivit assez rapidement d'Axel.
[/Kévin]


La fatigue est présente mais malgré les délais imprévus, l’ambiance reste bonne. Kévin passe son briquet à Arthur pour qu’il puisse se réchauffer plus tard. On se remet en route, Arthur propose de nouveau de suivre ses pas et rappelle que se longer dans la corde en place (qui avait servi au portage pour la plongée de 2007) est contre-productif. Rendez-vous est donné à la sortie.
Arthur arrive à la sortie du méandre à 02h, il sort son poncho content du prêt du briquet de Kévin, mais encore une fois, impossible de le faire fonctionner et donc d’allumer sa bougie. Pas d’inquiétude, les autres ne devraient pas se faire attendre trop longtemps, ils sont juste derrière on les entends très bien.
L’attente commence à se faire sentir quand Axel sort du méandre. Il est 03h…
Le froid et la fatigue sont de plus en plus difficile pour Arthur, il se réchauffe donc an faisant fonctionner sa lampe Armytek d’appoint à plein régime jusqu’à la surchauffe, l’éteint, et se frotte les mains et la gorge avec la LED, ça fait son effet.

[Kévin]
Si l'aller avait été compliqué, le retour fut bien pire. Reposé, un peu froid, mais rien de bien gênant, l'effort réchauffe vite. On repart dans le même ordre direction la sortie, les écarts se creusent à nouveau comme à l'aller, j'ai un peu de mal à reprendre mon souffle mais je suis Axel à petite distance. On retrouve la corde en lambeau, je me longe dessus, moins d'effort à fournir, ça va un peu mieux jusqu'au passage bas. On est encore à portée de voix quand Axel le passe, j'y arrive peu après, je passe le mini-kit, je me délonge pour passer en dessous et là ça coince, je n'arrive pas à trouver comment le passer, il y a toujours quelque chose qui coince, souvent la tête et dur de trouver des prises pour s'aider, il me faudra bien 10 minutes et beaucoup d'énergie pour arriver à le passer. La progression reprise, assis dans le baudrier quand c'était possible, les autres étaient déjà loin. La progression après la corde s'avéra la plus éprouvante, très vite, je n'arrivais plus, à nouveau, à reprendre mon souffle, vers la fin, il me fallait presque respirer à gorge déployée une bonne minute pour chaque mètre avancé, sachant que j'étais attendu. Cela a pris le temps qu'il fallait, mais j'ai finis par atteindre le laminoir sur lequel j'ai pu m'allonger, me glisser jusqu'à la fin du méandre et retrouver mes comparses. Ce n'est qu'en approchant de la base des puits que j'ai commencé à sentir l'air frais envahir mes poumons et reprendre mon souffle normalement.
[/Kévin]

Quand Kévin sort enfin du méandre, il est 04h et Axel est un peu assoupi dans son poncho. Le trio se reforme et repars en direction des puits. Kévin commence à remonter en premier, suivi d’Axel tandis qu’Arthur a ressorti son poncho pour patienter. Lorsqu’Axel est engagé dans le boyau entre les 2 puits, Arthur range son attirail et se lance dans la remontée et le déséquipement avant de rejoindre ses camarades dans le boyau. Il finira par les doubler pour remonter le dernier P20 puisque celui-ci peut se déséquiper par le haut et en profitera de nouveau pour sortir son poncho en les attendant. Axel l’imite en sortant son poncho et s’endort en un temps record. Lorsque Kévin sort du P20 on sait que l’on est presque sortis et en effet, le reste du trajet se fait très rapidement (le passage par la tyrolienne aide pas mal) et on sort dehors, accueillis par le jour naissant à 06h.
A l’arrivée au gîte, Kévin fera l’impasse sur les pâtes et file se doucher avec beaucoup d’eau chaude puis se coucher. Axel et Arthur se coucheront le ventre plein en ayant pris soin de laisser une portion à Kévin pour son réveil.
13h, on se réveille tous les 3, assez reposés pour penser à se remettre en activité. Après avoir testé les 2 briquets qui semblaient défectueux sous terre on se rend compte qu’ils fonctionnent de manière tout à fait normale. Y aurait-il du gaz aux Cavottes ? On remange, on lave le matos et on décide de partir en prenant les nationales. La route est agréable et ne prend finalement pas beaucoup plus de temps que ce que l’application de navigation prévoyait en passant par l’autoroute.
Bilan du week-end, la corde attend que l’on finisse le rééquipement de l’accès au lac, il faudra réfléchir à mieux étancher les briquets voire à prendre des allumettes et surtout à ne pas surestimer les capacités de ses camarades pour ne pas les cramer.




Participants

Kévin G. , Arthur P. , Axel R.

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